Assemblée Générale 2026

Madame, Monsieur,

Le conseil d’administration de Niños de la Tierra asbl a l’honneur et le plaisir de vous

inviter à sa

39e Assemblée générale

qui aura lieu à la Boutique du Monde (« Gréngt Haus »)

42, route de Mondorf, Bettembourg

le mardi, 21 avril 2026 à 20.00 heures

avec l’ordre du jour suivant :

1. Allocution de bienvenue du président

2. Approbation du procès-verbal de l’assemblée générale 2025

3. Rapport d’activité pour l’exercice 2025

4. Rapport de caisse pour l’exercice 2025

5. Rapport des réviseurs de caisse

6. Approbation des rapports et décharge du trésorier

7. Désignation des réviseurs de caisse

8. Fixation de la cotisation

9. Élection du conseil d’administration: 7 membres du CA sont démissionnaires et rééligibles,

10. Projets actuels et futurs

11. Compte-rendu d’un voyage de projets en Bolivie et au Chili

12. Divers

Ont droit de vote les membres ayant payé leur cotisation annuelle de 10 € avant l’AG.

Un pot de l’amitié sera offert.

Pour le conseil d’administration :

Marco Hoffmann, président, Marianne Schummer, secrétaire

Lena – Mission de 18 mois en Bolivie (Cochabamba)

Mon service volontaire de 18 mois en Bolivie, encadré par le SERVICE VOLONTAIRE du SNJ a été une véritable « école de vie ».

J’ai appris à accompagner avec bienveillance des enfants issus de milieux fragiles. Malgré les défis, leur sourire me rappelait chaque jour pourquoi j’étais là.

A côté de mon travail dans une crèche à Tirani avec des enfants en bas-âge, j’ai accompagné une petite fille de 6 ans à besoins spécifiques dans sa scolarité et son développement global.

Chaque journée m’a enseigné l’humilité, l’écoute et surtout la patience. J’ai découvert une culture à la fois riche, chaleureuse, accueillante, ainsi qu’une autre manière de vivre, plus simple, plus proche des autres et profondément enracinée dans ses traditions. La musique andine, les fêtes colorées et le lien fort aux ancêtres m’ont émerveillée.

J’ai aussi appris à vivre avec peu, à m’adapter à l’inattendu et à travailler en équipe dans un contexte interculturel. Cette expérience m’a transformée : j’ai gagné en maturité, en confiance et en sens des responsabilités.  Ce volontariat m’a offert bien plus que ce que j’ai pu donner : des amitiés sincères, une ouverture d’esprit et un regard nouveau sur le monde.

Ma mission m’a confrontée à un accès limité au matériel, à l’eau, à une électricité instable et à un manque de ressources dans la crèche. Et pourtant, jamais je n’ai rencontré autant de générosité, de joie et de solidarité. Ce manque de confort m’a appris à aller à l’essentiel, à valoriser les relations humaines plutôt que les biens matériels. La simplicité de la vie quotidienne, le partage et l’ingéniosité face aux difficultés m’ont profondément marquée. J’ai appris à apprécier ce que j’avais et à remettre en question mes habitudes de consommation. Ce que certains appellent pauvreté m’a offert une grande richesse intérieure. Plus qu’un simple volontariat, ce fut un apprentissage profond de la vie, de l’autre, et de moi-même. La culture bolivienne ne m’a pas seulement accueillie : elle m’a transformée.

                                                                                                                                             Lena Erpelding

E speziellen an häerzleche Merci soe mir eiser Volontärin Lena Erpelding, dat a sengem Bekanntekrees eng Spendenaktioun lancéiert huet fir d’Kantin an der Crèce vun Tirani, wou hatt geschafft huet.

Evaluation externe du projet

« Améliorer l’accès à l’éducation intégrale des jeunes et à la formation communautaire et productive dans les communautés de Tuscapujio (Municipalité de Sacaba) »

par Sonia Camacho Rojas Sacaba/Bolivia 2025

  1. Résumé exécutif.

La présente évaluation externe finale concerne le projet « Améliorer l’accès à l’éducation intégrale des jeunes et à la formation communautaire et productive dans les communautés de Tuscapujio (Municipalité de Sacaba) », mis en œuvre par l’Association ANAWIN entre juin 2022 et juin 2025, avec le financement de NITI – Enfants de la Terre (Luxembourg).

L’intervention s’est déroulée dans la communauté rurale de Tuscapujio, district de Lava Lava, municipalité de Sacaba, département de Cochabamba (Bolivie), bénéficiant directement à 2 407 personnes — élèves, enseignants et parents d’élèves — et indirectement à 4 792 habitants de la communauté.

Le projet visait à créer de meilleures opportunités économiques, sociales et humaines grâce à l’accès à une éducation intégrale, en articulant des actions autour de cinq composantes :

  1. Infrastructures éducatives et équipement pédagogique (construction de sept salles de classe, d’un Centre de Ressources pour l’Appui Pédagogique – CRAP et d’une salle sensorielle).
  2. Renforcement des capacités des enseignants et développement d’outils pédagogiques innovants.
  3. Mise en œuvre du Baccalauréat Technique Humaniste (BTH), spécialité Technicien Agricole.
  4. Formation technique et certification des compétences professionnelles (SPCC) pour les jeunes et les adultes.
  5. potagers familiaux et scolaires, ateliers de cohabitation et formation citoyenne.
  1. Objet et méthodologie de l’évaluation.

L’évaluation, de nature finale, externe et indépendante, avait pour but d’analyser la pertinence, cohérence, efficacité, efficience, impact et durabilité du projet, d’identifier les bonnes pratiques et de formuler des recommandations pour de futures interventions.

Une approche qualitative et participative a été adoptée, conformément aux critères du CAD-OCDE (2021), à travers trois phases :

  1. Analyse documentaire.
  2. Travail de terrain.
  3. Analyse et systématisation.

Huit groupes de discussion ont été réalisés, des visites d’infrastructures et des entretiens avec enseignants, parents et élèves, ainsi qu’une analyse des rapports annuels, permettant une évaluation complète fondée sur des preuves concrètes.

  1. Principaux résultats selon les critères de l’OCDE

Critère d’évaluation

Note (1–5)

Synthèse des résultats

Pertinence

4,76

Le projet a répondu aux besoins prioritaires de la communauté (infrastructures éducatives, formation technique, sécurité alimentaire). Il est aligné sur les politiques nationales et les Objectifs de Développement Durable (ODD).

Cohérence

4,93

Forte cohérence interne entre objectifs, résultats et activités, et cohérence externe avec l’Agenda Patriotique 2025, le PTDI

Sacaba 2021–2025 et les expériences antérieures d’ANAWIN.

Efficacité

4,70

La plupart des objectifs ont été atteints ou dépassés : construction de 7 salles de classe, 1 CRAP et 1 salle sensorielle ; 6 outils pédagogiques créés ; 106 personnes certifiées par le SPCC (objectif initial : 40) ; 146 potagers familiaux et 5 scolaires installés ; et taux de décrochage scolaire réduit à 0 % la dernière année.

Efficience

4,56

Bonne optimisation des ressources humaines, techniques et matérielles ; respect du calendrier et forte participation communautaire. Quelques difficultés dans la coordination horaire des ateliers.

 

Impact

4,76

Augmentation de la scolarisation (de 806 à 1 414 élèves), génération de revenus familiaux, autonomisation des femmes et des jeunes, renforcement de la cohésion sociale et adoption de pratiques agroécologiques durables.

Durabilité

4,43

Forte appropriation communautaire et capacité installée : les application par les enseignants appliques de méthodologies innovantes, continuation par 12 jeunes éducateurs du soutien scolaire, potagers toujours actifs et reproduction par les familles des pratiques productives.

  1. Principaux impacts observés.
    • Éducatifs : amélioration des infrastructures, de la qualité de l’enseignement, des compétences des enseignants et élimination totale du décrochage scolaire. Mise en œuvre du BTH (carrière technique) chez les diplômés bacheliers.
    • Économiques : génération de revenus via les potagers familiaux et la certification professionnelle dans des métiers à forte demande locale.
    • Sociaux : renforcement de la cohésion communautaire grâce à des ateliers sur les droits humains, le genre et la coexistence pacifique.
    • Environnementaux : introduction de pratiques agroécologiques et d’une gestion efficace de l’eau, sensibilisation écologique auprès des élèves et familles.
    • Égalité de genre : forte participation des femmes dans les activités productives et éducatives, consolidation de leur rôle économique et social.
  2. Leçons apprises.

L’évaluation externe du projet (2022–2025) a permis d’identifier des apprentissages essentiels justifiant une seconde phase d’intervention à Tuscapujio :

  1. L’articulation entre éducation, formation technique et développement communautaire s’avère être une stratégie efficace pour générer des changements durables. Le renforcement simultané des infrastructures, de la formation pédagogique et de l’éducation productive a démontré que l’éducation peut être un levier du développement local.
  2. La participation communautaire depuis la conception jusqu’à l’exécution garantit la durabilité et l’appropriation.
  3. La formation technique et la certification des compétences professionnelles ouvrent des perspectives concrètes d’emploi et d’auto-emploi, notamment pour les femmes et les jeunes.
  4. La durabilité des potagers dépend de la technification, de l’entretien et de l’échange de savoirs : il faut renforcer la gestion communautaire et la formation agroécologique à long terme.
  5. L’accompagnement psycho-pédagogique et le leadership des jeunes sont essentiels au bien-être éducatif ; leur institutionnalisation assurerait un impact durable sur la communauté éducative.
  1. Conclusions principales.

L’évaluation externe conclut que le projet exécuté entre 2022 et 2025 a été hautement pertinent, efficace et transformateur, générant des résultats tangibles en matière d’éducation, d’égalité des sexes, de production durable et de cohésion sociale. Cependant, les progrès réalisés ouvrent de nouveaux défis qui justifient la poursuite et l’élargissement de l’intervention à travers un nouveau cycle de coopération.

La communauté de Tuscapujio passe désormais de l’amélioration des conditions de base à la consolidation d’un modèle éducatif-productif intégré, où les espaces pédagogiques, les baccalauréats techniques et les potagers familiaux deviennent des centres permanents d’apprentissage, de production et de vie communautaire.

Le nouveau projet, intitulé « Apprendre, grandir et entreprendre », représente la continuité naturelle et stratégique du processus engagé. Il vise à :

  • Finaliser et équiper les espaces pédagogiques en attente.
  • Consolider la formation technique agricole et intégrer de nouvelles spécialités comme l’esthétique intégrale (Belleza Integral).
  • Institutionnaliser les services psycho-pédagogiques et le leadership étudiant.
  • Renforcer les potagers familiaux et scolaires comme espaces productifs durables.
  • Promouvoir la certification technique avec une approche entrepreneuriale et solidaire.

Ainsi, le nouveau cycle (2026–2029) permettra de passer d’une phase de renforcement institutionnel à une phase de consolidation et d’autonomie communautaire, positionnant Tuscapujio comme modèle de développement local éducatif et productif.

  1. Recommandations stratégiques.
    1. Consolider les espaces pédagogiques et psycho-pédagogiques créés, en terminant les travaux et en les dotant de ressources modernes.
    2. Poursuivre la formation des enseignants et l’innovation pédagogique, en renforçant le rôle du CRAP comme centre d’appui technique local.
    3. Diversifier l’enseignement technique en élargissant les spécialités du BTH vers des domaines à forte demande locale (l’esthétique intégrale, Services communautaires).
    4. Renforcer la durabilité productive des potagers scolaires et familiaux par la technification de l’irrigation, la formation en agroécologie et la liaison avec les marchés locaux.
    5. Institutionnaliser l’accompagnement psycho-pédagogique et le leadership des jeunes comme services permanents d’appui éducatif et émotionnel.
    6. Promouvoir l’entrepreneuriat communautaire et l’économie solidaire, en accompagnant les processus de certification par des formations en gestion de microentreprises et commercialisation.
    7. Renforcer la coordination avec les acteurs publics et sociaux, notamment la municipalité de Sacaba et la direction éducative, pour garantir la durabilité institutionnelle.
    8. Répliquer le modèle de Tuscapujio dans les communautés voisines, en utilisant les apprentissages et méthodologies développés comme base d’une stratégie de développement territorial intégral.

La Bolivie a désormais un président élu pour 2025-2030 

Réflexions sur les résultats et les défis à court terme

Par ANAWIN notre partenaire à Cochabamba, octobre 2025

Le 19 octobre 2025 marquera un tournant dans la vie politique bolivienne. Au second tour de la présidentielle, Rodrigo Paz Pereira, candidat du Parti démocrate-chrétien (PDC), a battu Jorge « Tuto » Quiroga avec une marge de près de 9,5 %, selon les premiers décomptes de l’Organisme électoral plurinational. Ce résultat met fin à près de deux décennies d’hégémonie du Mouvement vers le socialisme (MAS) et ouvre une nouvelle ère politique, porteuse d’espoirs et de défis à court et moyen terme.

Élections boliviennes de 2025 : Proportion de votes obtenus par parti politique aux élections générales

 

Note : Données préliminaires à 97,86 % issues du Système de transmission et de publication des résultats préliminaires (SIREPRE). Consulté le 20 octobre 2025 à 11 h 45. Disponible à l’adresse : https://sirepre.oep.org.bo/national/

 

Le déroulement du second tour peut être interprété de deux manières : d’une part, il y a un rejet explicite du cycle politique précédent, matérialisé par la chute spectaculaire du MAS ; d’autre part, la victoire de Paz ne traduit pas nécessairement un glissement vers l’extrême droite, mais plutôt le triomphe d’une candidature qui a su allier des propositions économiques plus pragmatiques à un discours d’engagement social. De nombreux électeurs ruraux et urbains, lassés par la crise économique (inflation, pénuries et perte du pouvoir d’achat des Boliviens), ont cherché une alternative promettant un ordre budgétaire sans démanteler les programmes sociaux ; c’est dans ce contexte qu’est né le discours du « capitalisme pour tous » qui a accompagné la campagne de Paz.

 

La victoire du PDC au second tour renforce l’idée que les citoyens souhaitaient des propositions combinant redistribution et protection sociale, avec des solutions moins alignées sur les recommandations traditionnelles du Fonds monétaire international (FMI) face à la crise économique. Parallèlement, l’élection a confirmé la préférence pour les candidats capables d’interpréter la demande de protection sociale et de proximité avec la population. De nombreux discours et interventions publiques durant la campagne ont souligné que Paz était « plus proche du peuple ». Son style rhétorique faisait appel aux identités locales, formulait des promesses concrètes pour les régions touchées par la crise et communiquait avec un style évitant les formalités administratives. Cette stratégie a porté ses fruits : les secteurs traditionnellement sensibles aux messages de protection sociale (agriculteurs, travailleurs informels, retraités) ont perçu Paz comme quelqu’un qui ne promettait pas de ruptures traumatisantes, mais plutôt des solutions pragmatiques à visage humain. Cette impression de proximité a sans aucun doute été un facteur clé lors du second tour.

 

Il est important de noter que le PDC a remporté six des neuf départements où le MAS d’Evo Morales avait été le grand vainqueur ces vingt dernières années : la région andine, peuplée principalement de populations d’origine quechua et aymara. L’Alliance libre a largement gagné dans la région orientale, dont l’épicentre est Santa Cruz, le département le plus prospère grâce à l’agro-industrie, moteur de l’économie bolivienne.

 

Les principaux défis auxquels le nouveau gouvernement sera confronté concernent la gouvernabilité et l’économie. Premièrement, la gouvernabilité : bien que le PDC ait obtenu une représentation significative au Congrès, il lui manque la majorité absolue qui lui permettrait d’approuver des réformes profondes sans pactes. Cela nécessite une politique d’accords, de négociations et de larges coalitions, dans un contexte de fragmentation du pouvoir législatif et de polarisation et de méfiance persistantes entre les forces. Deuxièmement, l’économie : la reconstitution des réserves, la gestion de l’inflation et la pénurie de devises et de carburant nécessiteront des mesures techniques complexes et un consensus.

 

De même, il ne faut pas perdre de vue le calendrier électoral ; en 2026, la Bolivie organisera des élections infranationales (gouvernements autonomes départementaux et municipaux), qui constitueront le premier test électoral majeur de la nouvelle carte politique. Ces élections permettront de déterminer si le changement du système partisan, impulsé par la prédominance de nouvelles forces politiques, se consolide ou si des forces politiques comme le Mouvement vers le socialisme (MAS) conservent une certaine influence. La victoire de Rodrigo Paz et du PDC au second tour peut être interprétée comme le résultat d’une demande citoyenne exprimant un rejet de la poursuite du cycle précédent, une recherche de solutions concrètes à la crise et une préférence pour des discours de proximité sociale. Parallèlement, elle ouvre une période où la capacité à gouverner dépendra de sa capacité à conclure des accords et à répondre aux besoins immédiats.

 

Cochabamba, le 20 octobre 2025

Notre pays cible, la BOLIVIE, en 2025

Depuis la mi-2023, la Bolivie traverse une situation économique, politique et sociale complexe. L’économie bolivienne montre des signes de détérioration. Les réserves internationales nettes restent inférieures à 3 milliards de dollars, ce qui génère une instabilité des taux de change et des problèmes d’importation d’essence et de diesel pour la consommation intérieure.

La situation économique complexe a provoqué une instabilité des taux de change qui érode directement le pouvoir d’achat des familles à faible revenu, rendant de plus en plus difficile le maintien du niveau de vie des familles indigènes en raison de l’augmentation continue des prix. L’inflation cumulée de plus de 20 % (!!) depuis le début de la crise a entraîné de réelles difficultés d’accès aux produits de base. Ainsi, la situation sociale en Bolivie est très tendue. Au cours du premier trimestre 2025, 201 conflits ont été enregistrés. La plupart de ces conflits étaient liés à des protestations contre la hausse des prix des denrées alimentaires et à des questions politiques.

Malgré tous ces problèmes, les Boliviens forment une société profondément résiliente et adaptable. Cette résilience ne doit pas être interprétée comme une résignation, mais comme l’expression authentique de la vitalité et de la détermination du peuple bolivien à surmonter les obstacles. Ceci peut aussi expliquer en partie les résultats des élections…

 

C’est dans ce contexte que nous avons demandé à notre partenaire bolivien de longue date, ANAWIN, à faire le point après les élections d’août 2025. Voici donc ce que nos amis nous ont écrit à ce sujet :

 

Élections en Bolivie 2025 : Brève analyse des résultats

Le 17 août 2025 ont eu lieu les élections générales en Bolivie, au cours desquelles les Boliviens ont élu le nouveau gouvernement (Président et Vice-président) ainsi que les membres de l’Assemblée législative pour les cinq prochaines années. L’élection des députés et des sénateurs s’est faite en un tour. Cependant, l’élection du Président et du Vice-président se fait en deux tours électoraux, aucun candidat n’ayant atteint la majorité électorale absolue requise. Les candidats qualifiés pour le second tour sont Rodrigo Paz Pereira, du Parti Démocrate-Chrétien (PDC), et Jorge « Tuto » Quiroga Ramírez, de l’Alliance Liberté et Démocratie (LIBRE), qui ont obtenu respectivement la première et la deuxième place.

Élections Bolivie 2025 : Proportion des votes obtenus par parti politique lors des élections générales

Note. Données préliminaires à 95.41 % du Système de Transmission et de Publication des Résultats Préliminaires (SIREPRE). Date de consultation (18/08/2025 à 09h45). Disponible sur :https://sirepre.oep.org.bo/national/

La victoire du PDC (centre-droite) au premier tour a été, pour le moins, surprenante, puisqu’elle a écarté des candidats de droite qui semblaient bénéficier d’un plus grand soutien selon de nombreux sondages. Bien que la majorité des partis politiques aient présenté des propositions orientées vers la droite et des mesures économiques alignées sur le Fonds Monétaire International (FMI), seul le candidat de LIBRE a réussi (parmi ces parties de droite-libérale) à accéder au second tour, se plaçant en deuxième position.

Les résultats des élections peuvent indiquer que le peuple bolivien ne souhaite pas un changement radical de l’orientation politique et économique du pays vers une ligne libérale. La majorité des électeurs semble avoir rejeté les politiques de privatisation et d’ouverture économique sans restriction, préférant des discours axés sur la redistribution des ressources, le renforcement de l’État et la protection des secteurs vulnérables.

En ce sens, la première position du PDC reflète un phénomène intéressant : l’électorat a montré une préférence de propositions à composante plus sociale et communautaire, même si celles-ci ne se présentent pas sous l’étiquette traditionnelle de « gauche » et relèvent davantage d’une position de « centre ». Le candidat Rodrigo Paz Pereira a su se positionner comme une figure proche du peuple, avec un discours qui a mis en avant des valeurs identitaires et s’est distancé du technocratisme économique qui a caractérisé d’autres postulants.

D’autre part, le populisme reste un élément clé de la politique bolivienne. Les campagnes les plus efficaces ont été celles qui ont fait appel à l’identité culturelle, à la récupération de la souveraineté nationale et à la promesse d’un gouvernement à l’écoute du peuple. Bien que ces stratégies ne soient pas nouvelles, les résultats montrent que la narration populiste conserve un poids significatif, notamment dans des contextes de mécontentement économique et de crise de représentation.

Le fait qu’un seul candidat libéral, Jorge « Tuto » Quiroga, ait accédé au second tour – et en deuxième position – indique que, même s’il existe une base de soutien aux propositions orientées vers le libre marché, celle-ci n’atteint pas une ampleur suffisante pour s’imposer dans l’électorat bolivien. En vue du second tour, la confrontation se jouera entre deux modèles : l’un qui cherche à équilibrer économie de marché et inclusion sociale, et l’autre qui représente le retour à des politiques plus orthodoxes et libérales.

Un autre signe du mécontentement et de la méfiance des boliviens face à l’offre politique massive de droite est le pourcentage élevé de votes nuls, qui a atteint 19,29 %. Le fait que près d’un électeur sur cinq ait choisi de voter « nul », peut être interprété comme un rejet explicite des propositions et candidatures en compétition, ainsi qu’un signe de fatigue démocratique face à la polarisation et au manque d’alternatives prenant au sérieux les véritables revendications de la population. Ce phénomène pose un défi profond pour la légitimité du processus électoral et, surtout, pour les partis, qui devront repenser leurs stratégies et leurs discours s’ils veulent se reconnecter avec un électorat de plus en plus critique et exigeant.

Un message important de ces élections est la fin abrupte du mandat du Mouvement vers le Socialisme (MAS – parti du président actuel Arce et auparavant de l’ex-président Morales), qui n’a obtenu que 3,2 % des voix au niveau national. Ce résultat représente non seulement une chute historique de son soutien électoral, mais le prive également de représentation à l’Assemblée législative, un scénario impensable il y a seulement quelques années. La perte accélérée d’influence du MAS met en évidence une profonde usure de sa structure politique, incapable de renouveler ses leaderships ni d’offrir un projet en phase avec les nouvelles demandes sociales, ce qui signifie la fin d’une étape importante qui a marqué la politique bolivienne pendant bien plus d’une décennie.

Ce qui est clair, c’est que l’élection du 17 août marque un tournant dans la politique bolivienne. Le peuple s’est exprimé, et il l’a fait en exigeant des propositions plus proches de la réalité quotidienne, moins technocratiques et plus engagées envers la justice sociale.

Texte rédigé par ANAWIN et adapté par Jean-Paul Hammerel