Nouvelles de l’école interculturelle mapuche Trañi Trañi

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L’école Trañi Trañi est une école interculturelle en territoire Mapuche, située dans les environs de la ville de Temuco. Il s’agit d’une école privée, créée sur initiative de la fondation Fundecam et gérée par les enseignants, les parents d’élèves, des représentants des communautés indigènes des environs et un représentant de Fundecam. Son objectif majeur est le renforcement de la culture et de l’identité mapuche , ainsi que la promotion du dialogue interculturel. Des éléments significatifs de la culture mapuche, leur langue, leur cosmovision, leur histoire, font partie du curriculum.L’excellence de ses résultats scolaires a été reconnue à plusieurs reprises par le Ministère de l’Education Nationale au Chili. Notre ONG soutient l’école depuis longtemps. L’un des responsables nous a fait parvenir un bref rapport sur les efforts réalisés actuellement en matière d’éducation interculturelle:

L’école Trañi Trañi et l’évolution de l’éducation interculturelle.

L’éducation interculturelle au Chili, dans sa forme actuelle, n’est pas favorable à la promotion de la culture et au renforcement de l’identité de nos populations indigènes.

Les programmes dénommés “interculturels” sont appliqués dans le système d’enseignement fondamental dans des lieux à population scolaire majoritairement mapuche. L’enseignement de la langue mapuche se fait uniquement sur la base de traduc­­tions de textes en espagnol. Les contenus sont inspirés de la culture occidentale de l’Etat chilien.

Le travail à l’école Trañi Trañi constitue une exception en la matière. Les parents et responsables, ainsi que les familles du territoire de Trañi Trañi, Botrolhue ressentent l’école comme un espace où sont partagées les connaissances indigènes dans le domaine culturel et social.

Au cours de ce semestre, un diagnostique socio-linguistique a été réalisé sur le territoire de l’école. Il a démontré que le mapudungun, langue des Mapuche, a cessé d’être le patrimoine exclusif des plus âgés: 18% des personnes qui le maîtrisent ont moins de 15 ans. Ils ont appris leur langue originaire à l’école fondamentale. De cette manière, leurs parents et proches ont aussi été impliqués dans le processus de valorisation et de maîtrise du “mapudungun”.

Sur le territoire de Trañi Trañi, l’ap­­­­­­­pren­tissage de la langue par les é­lèves contribue hautement au ren­for­cement de l’identité et la culture indigène. Les espaces sociaux où la langue est parlée sont les fêtes spirituelles, l’école et surtout la famille.

Actuellement, la communauté scolaire de Trañi Trañi participe à un projet innovateur . Il s’agit de la création de ses propres plans et programmes dans le domaine des Arts visuels. Cette ouverture en matière de conception du programme scolaire donne la possibilité à toute la communauté scolaire – enseignants, parents et proches, autorités fonctionnelles et traditionnelles – de participer activement à une série d’activités, à savoir des ateliers, des consultations et débats autour de contenus propres à la culture locale.

Nous avons relevé le défi proposé au premier point de l’article 27 de la Convention 169 de l’Organisation Internationale du Travail souscrite par notre pays. Il dit que “(…) les programmes et services d’éducation pour les peu­ples intéressés doivent être développés et mis en oeuvre en coopé­ration avec ceux-ci pour répondre à leurs besoins particuliers et doivent couvrir leur histoire, leurs connaissances et leurs techniques, leurs systèmes de valeurs et leurs autres aspirations sociales, économiques et culturelles (…)”.Conscients de nos possibilités limitées, nous allons initier cette transformation du curriculum par le domaine des arts visuels en nous basant sur le riche contexte socio culturel mapuche. Cela nous permet de reprendre des éléments de la cosmovision mapuche (le système de valeurs) et des connaissances et techniques de travail des ressources naturelles qui font partie du patrimoine culturel contemporain qu’il faut mettre en valeur.

Au niveau institutionnel, nous devons apprendre à articuler ce qui est important et nécessaire dans l’élaboration et la rédaction de nouveaux programmes d’études réellement bilingues. Les ressources du Ministère de l’Education Nationale chilien ne sont pas suffisantes pour réaliser un bon diagnostique sociolinguistique et planifier de nouveaux programmes, il faut compter sur l’appui de quelques experts en matière de curriculum.

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