Mon expérience au sein du projet Trabajo Digno

Je m’appelle Edson Eduardo Silvestre Mamani, et je suis étudiant à l’Institut Technologique Sayarinapaj (Bella Vista-Cochabamba) en 5ème semestre d’éducateur. J’ai intégré l’équipe du projet Trabajo Digno en septembre 2016 en tant que stagiaire, avec une grande envie d’apprendre de nouvelles choses intéressantes. J’ai reçu du soutien et j’ai acquis de nouvelles connaissances. J’ai par exemple rencontré différents types de personnes  que nous avons appuyées: des professionnels, des étudiants, des femmes au foyer, des pères de famille, des personnes en situation de handicap, des mineurs en désavantage social et des migrants venant de la campagne.

Un aspect important lors de la recherche d’un emploi digne est la préparation des participants. J’ai appris à accompagner une personne dans sa recherche, à réaliser une analyse des offres d’emploi et à faire la différence entre des emplois corrects et incorrects. Un emploi dit correct doit assurer la couverture des besoins primaires d’une personne et générer suffisamment d’argent pour vivre dignement.  En Bolivie, beaucoup d’entreprises ne respectent pas les normes établies : De cette façon, une personne doit pouvoir bien analyser les annonces dans les journaux pour déceler les offres d’emploi qui sont correctes et qui correspondent à sa recherche.

Pendant mon stage, je me suis rendu compte que de plus en plus de personnes qui s’adressent au projet pour la recherche d’un emploi comptent sur un revenu « extra », un poste de vente ou un petit commerce familier qui leur permet de correctement vivre.

Un autre domaine qui m’intéresse beaucoup est celui de la justice. Le projet accompagne de manière transparente les participants qui sont en difficulté au sein de leur travail et leur enseigne les lois et leurs droits. Un grand avantage est que les personnes qui n’ont pas les moyens financiers nécessaires peuvent profiter de l’avocat spécialisé en droit du travail. Ce dernier les informe et les oriente de manière généreuse, honnête et gratuite. Ceci est un domaine du projet très intéressant et fortement sollicité.

J’ai accompagné le projet Trabajo Digno jusque fin janvier 2017. C’était pour moi une expérience  très enrichissante, puisque j’ai pu faire la connaissance des participants et de leurs motivations. J’ai été impressionné par la diversité des personnes qui passaient par le projet, qui nous expliquaient leurs expériences de travail, leurs objectifs et qui souvent nous racontaient leur vie.

Traduction de l’espagnol: Julie Kipgen

Edson a appuyé le projet Trabajo Digno de septembre à octobre 2016 en tant que stagiaire, et d’octobre 2016 à janvier 2017 en tant que volontaire. Il accompagnait en premier lieu les personnes dans la recherche d’un travail digne, domaine où il a remplacé de manière efficace notre assistante sociale lors de ses vacances. Aussi, il assistait notre avocat dans les démarches légales et notre psychologue dans l’organisation de workshops sur le bien-être au travail.

Edson a fait preuve d’une grande motivation et d’un dynamisme extraordinaire, et on le félicite pour son excellent travail.

En mémoire du Père Jean Claessen

Nous nous souvenons avec beaucoup d’émotion du Père belge Jean Claesen, décédé le 7 février 2017 à l’âge de 89 ans.
En 1993, Padre Juan a créé la Fondation Nidelbarmi qui vise à apporter un soutien scolaire aux enfants des quartiers miniers de Potosi et des faubourgs d’El Alto. „Etudier en jouant“, telle a été la clef de la démarche du Père Jean et de son équipe.

De 2007 à 2009, avec le soutien de H.E.L.P.1 , nous avons pu l’aider (à travers un projet cofinancé par le Ministère de la Coopération luxembourgeoise), à entretenir six centres d‘appui scolaire à Potosi et cinq à El Alto. A Potosi plus de 900 enfants, adolescents et jeunes adultes de 6 à 20 ans ont ainsi pu profiter de l’appui scolaire proposé par Nidelbarmi, à El Alto on comptait 600 personnes s’efforçant à consolider ce qu’elles avaient appris à l’école.

Le Père Jean a bien des mérites concernant le progrès de l’éducation en Bolivie, l’un des pays les plus pauvres de l’Amérique latine.

Le Père Claessens a été et inhumé à El Alto en Bolivie au milieu de ceux qu’il aimait tant. Qu’il repose en paix !

M.S.

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1 H.E.L.P. asbl. est l’œuvre caritative du Lycée Classique d’Echternach



UNE ANNEE SANS DEBUT ET SANS FIN

Rapport final de notre volontaire à Tirani/Cochabamba/Bolivie 2015-2016 Anne Speltz

Mon année en Bolivie n‘est pas une certaine période déterminée qui débutait le 12 août 2015 en Bolivie. Elle débutait bien avant, probablement le jour où je commençais à me poser des questions au sujet d‘une année sabbatique, et est devenue plus concrète par le message de l‘organisation Ninos de la Tierra, qu‘ils voulaient m‘envoyer en Bolivie.

Comme je suis une personne qui se fait beaucoup de soucis, je me suis posé un tas de questions. Mon souci principal était la colocation. J‘avais peur qu‘en vivant avec plusieurs personnes les disputes seraient normales et qu‘on ne pourrait pas s‘entendre avec tout le monde. J‘avais bien des idées sur le pays, mais elles n‘étaient pas très concrètes et en plus, je voulais me laisser surprendre.

Quand je suis arrivée en Bolivie, tout était différent de mes attentes: le pays ne ressemblait pas du tout aux quelques images que j‘avais en tête, bien que maintenant, je ne m‘en souviens même plus. A première vue, je croyais que c‘était moins pauvre et moins chaotique. Et en plus, mes colocataires se montraient très sympathiques. Comme au moment de mon arrivée c‘était la fête de la Urkupina, j‘étais absorbée par une vague de couleurs, d‘odeurs, de saveurs, de musiques,… Une de mes premières impressions de Bolivie était cette fête incroyable et cette euphorie qui laissaient disparaître mes premiers soucis.

Tout doucement, la vie quotidienne commençait et d‘autres soucis et difficultés se développaient.

La langue était pour moi au début un grand obstacle que je réussissais désormais à franchir, grâce à des cours de langues.

Après un certain temps débutait aussi le travail, qui se présentait comme une difficulté plus grande et plus inattendue pour moi. Premièrement, c‘était difficile pour moi de supporter toute cette pauvreté à l‘école et au village où je travaillais. J‘étais en contact direct avec cette pauvreté grâce à mes élèves. Non seulement au travail, mais aussi dans la ville où je vivais, la pauvreté était omniprésente. Chaque jour, nous étions confrontés à des mendiants de tout âge. Mais les images qui restaient le plus longtemps dans les têtes étaient les enfants, mendiants ou dansants pour gagner des sous. Probablement cela nous touchait plus puisqu‘on travaillait avec des enfants. Mais en vivant chaque jour avec cette pauvreté, j‘ai aussi appris par les  enfants mêmes, qu‘ils étaient contents et qu‘ils se réjouissaient des choses les plus simples. Je parie que beaucoup de Boliviens possédant moins que la plupart de nous, sont beaucoup plus heureux que des européens aisés.

Au travail, je ne comprenais pas vraiment ma fonction, mais ceci a pu se régler grâce à des entretiens avec l‘institutrice avec laquelle je travaillais.

Un autre obstacle qui me posais souvent des problèmes était ma santé. A la maison, on m‘avait averti qu‘il fallait faire attention à l‘alimentation. Même sur place, on nous expliquait toutes les mesures de précautions à adopter. Mais même en respectant toutes ces précautions, je tombais régulièrement malade. C‘étaient surtout les problèmes d‘estomac qui m‘embêtaient régulièrement jusqu‘à la fin de mon séjour. Mais un jour, je suis tombée vraiment malade. D‘abord j‘avais seulement de la fièvre et je croyais que ça allait passer vite, comme il n‘y avait pas de problèmes d‘estomac. Mais cette fois-ci, la fièvre ne partait pas, et pendant 2 semaines, chaque jour, j‘avais 40 degrés de fièvre. Je faisais un tas d‘analyses, mais personne ne trouvait rien d‘anormal. Après un certain temps, le médecin me donnait simplement plusieurs antibiotiques et cela passait. Pendant ce temps, j‘ai vraiment appris l‘importance d‘une bonne santé. Toute la qualité de vie en dépend.

Rétrospectivement, je pense que tous ces obstacles étaient une épreuve. Les premiers mois étaient pour moi une période pour faire connaissance avec le pays et sa culture, avec mon travail. L‘année 2015 se terminait par des vacances qui marquaient une coupure entre le début de mon séjour (en tant que premier contact avec le pays et mon travail) et la vie quotidienne.

En janvier je rentrais des vacances, pleine d‘énergie, de nouvelles expériences et de motivation. Je venais de faire une partie du voyage toute seule ce qui était pour moi une expérience très importante et fortifiante. Je commençais le travail avec beaucoup d‘envie et avec la nouvelle année commençait aussi une nouvelle année scolaire et qui allait m‘offrir de nouvelles possibilités. Pour les nouveaux élèves je n‘étais plus un visiteur, entrant en pleine année, mais pour eux, je faisais partie du cours. La vie commençait pour moi, le travail devenait une routine et la langue commençait à devenir plus fluide.

Mes parents me rendaient visite pour Pâques. D‘un côté, je me sentais comme s‘ils venaient voir ma nouvelle vie, mais de l‘autre, je me sentais plutôt en vacances. Leur présence donnait un autre sens à mon séjour bolivien, ils m‘avaient apporté une partie de ma vie familiale du Luxembourg.

Malgré cette routine qui entrait lentement dans ma vie, la culture bolivienne me surprenait toujours. La culture, les traditions, les danses resteront pour moi toujours quelque chose d‘exceptionnel. Chaque fois que je pouvais vivre une fête, j‘étais subjuguée par cette énergie, les couleurs, les danses,…

Lentement la fin de mon séjour approchait, mais je trouve que plus le temps passait, plus beaux devenaient les moments, plus profondes les amitiés, le contact avec les personnes. J‘ai eu la possibilité de réaliser, grâce au soutien financier d‘amis luxembourgeois, un projet avec les enfants plus âgés de l‘école. En cours on parlait de la protection de l‘environnement, un sujet qui n‘est pas du tout développé en Bolivie. Suite à cette présentation, on réalisait une peinture murale, pendant l‘appui scolaire, sur le sujet de la nature idéale. Bien qu‘au début, le projet était un véritable chaos, je crois que j‘ai passé les moments les plus beaux avec les enfants pendant ce travail.  On devenait encore plus proche, et c‘était tellement bien de voir avec quelle énergie et quelle motivation ils travaillaient pour arriver à un résultat satisfaisant.

Vers la fin, j‘ai eu la possibilité de vivre encore plus de moments forts dans la communauté bolivienne. Mon contact avec ma collègue de travail s‘améliorait et en même temps avec beaucoup de boliviens.

L‘atmosphère était tellement bonne, avec mes colocataires et avec les autres volontaires qu‘on a passé des montants inoubliables ensembles, on était comme une petite famille.

Comme les derniers mois étaient vraiment intensifs, notre départ n‘était pas facile du tout.Il faut le voir comme épreuve, qu‘on s‘est vraiment intégré là-bas.

Je crois que pour moi, mon adieu à l‘école était vraiment un des moments les plus tristes de ma vie, mais en même temps aussi un des plus intensifs et beaux. Chaque élève a fait ses adieux de sa propre manière, les uns m‘ont embrassé plusieurs fois, les autres ne sont même pas venus. Les mères aussi me disaient un mot et à ce moment-là, je me sentais vraiment récompensée par mon travail. En allant à l‘aéroport, on pouvait vivre une dernière fois un problème typique bolivien: les blocades de rues. C‘était comme si le pays aussi voulait nous faire ses adieux.

En pensant maintenant à cette année, je suis vraiment très reconnaissante d‘avoir pu vivre une telle expérience. Je suis très reconnaissante envers les enfants. Grâce à eux, j‘ai pu passer des moments vraiment uniques et inoubliables. Mais je suis aussi reconnaissante envers mes parents, mon organisation et toutes les personnes qui m‘ont aidé lors de moments difficiles et ceux qui ont fait de cette année une année inoubliable. Je suis d‘avis, que cette année n‘est pas terminée, elle continue aussi au Luxembourg. J‘ai rapporté un tas de souvenirs et expériences qui font durer l‘année dans mes pensées et qui ont aussi influencé mes opinions et réactions.

Gracias a todos quien lo han hecho posible y inolvidable!

Anne Speltz

 

Le projet “Trabajo Digno” – Appui à un travail digne

par Martine Greischer, initiatrice et directrice du projet

En Bolivie, les lois du travail existent et sont bien faites, mais la majorité de la population ne les connaît pas. Pour cette raison, les employeurs proposent souvent de mauvaises conditions de travail et les demandeurs, fréquemment des personnes en désavantage social et à formation scolaire faible, les acceptent. De cette manière, l‘exploitation persiste et les travailleurs restent bloqués dans une situation de pauvreté.

Pour répondre à ce problème, le projet „Trabajo digno – Travail digne“ s’est donné comme objectif de soutenir les personnes en désavantage social à ce qu’ils disposent des outils nécessaires pour obtenir un travail digne dans le respect de leurs droits et des lois existantes. Il fonctionne depuis septembre 2011 à Cochabamba/Bolivie; jusqu’à pré-sent, plus de 1000 bénéficiaires directs ont profité des services du projet.

Maria, notre assistante sociale, aide trois femmes dans la recherche d’un emploi.

Maria, notre assistante sociale, aide trois femmes dans la recherche d’un emploi.

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Los „Bloqueos“ bolivianos

Une spécialité bolivienne: La culture du syndicalisme et de la démocratie de base est très vivante en Bolivie et se traduit par des manifestations plutôt spontanées, parfois bien orchestrées dans un quartier de ville, dans une localité, une région et même le pays entier. Une des techniques les plus efficaces dans cette lutte populaire sont les barrages routiers. Installés à des endroits stratégiques du réseau routier ils sont capables de bloquer toute circulation aussi bien de marchandises que de passagers. En l’absence de réseau ferroviaire le camion et le bus sont les seuls moyens de transport (la majorité des Boliviens étant trop pauvres pour acheter une voiture). Les barrages de route suscitent ainsi le mécontentement et la colère de la population et augmentent la pression sur les dirigeants politiques.

Mais la nature aussi, si belle et exubérante en Bolivie, est capable de bloquer toute circulation terrestre. Surtout dans les régions moins développés, pauvres en infrastructures, comme le village de Chocaya, où travaille notre volontaire Anne Speltz actuellement. Elle nous reporte ses expériences dans le petit récit ci-dessous:

Le weekend de Carnaval s’annonçait avec quatre jours de congé et ainsi on avait planifié une excursion un peu plus longue, jusqu’à Tarija, pour profiter de ces « petites vacances ».

Malheureusement, pendant toute la semaine, des rumeurs circulaient que dans le pays entier étaient organisés des barrages routiers, empêchant de nombreux Boliviens de voyager. Ainsi j’ai vu que la famille, qui était venue de Potosi pour une visite chez des gens habitant à côté de l’école, a dû rester à Chocaya pendant toute la semaine comme il n’y avait pas de moyen pour eux de rentrer. De même les volontaires du Chili qui ont voulu nous ren-dre visite étaient bloquées à La Paz et ont finalement décidé de prendre l’avion pour pouvoir nous rejoindre.

Tout de même, moi je suis restée optimiste, et je me suis réjouie pour ce weekend…

Le vendredi aucun changement de la situation n’était en vue et j’ai commencé à réellement comprendre la gravité de la situation. Jamais auparavant, je n’ai vécu une situation dans laquelle le transport public a été contrecarré de telle manière. Notre premier plan de voyager à Tarija a donc vite été annulé. Mais comme c’était le weekend de Carnaval, ce qui est une fête assez importante en Bolivie, surtout à Oruro, j’ai envisagé l’alternative de visiter cette fête haute en couleurs. Je ne pouvais pas m‘imaginer que ces barrages seraient capables d’empêcher la célébration de Carnaval. De plus, le Carnaval d’Oruro est assez connu, et chaque année, des milliers de Boliviens s’y rendent. En plus cette fête est une source importante de revenus et je me suis dit que ce ne serait pas possible que ces bloqueos pourraient empêcher l’accès à la fête.

Le samedi, on s’est donc rendu au terminal du bus et on a dû constater qu’il n’y avait toujours pas de transport public. Lorsqu’on est réellement concerné, c’est un sentiment étrange de réaliser qu’on ne peut pas circuler librement. On se sent en quelque sorte emprisonné dans la ville. Persuadées qu’il devait quand même être possible de rejoindre Oruro, on a commencé à nous renseigner sur les alternatives.

Il y avait des taxis proposant le trajet Cochabamba-Oruro mais pour 250 Bolivianos (plus de 30 Euros) au lieu des 30 Bolivianos (4 Euros) qu’on aurait payé pour le bus. On a donc vite éliminé cette possibilité.

D’autres Boliviens nous renseignaient qu’on pouvait avancer jusqu’au bloqueo, le traverser à pied et continuer le voyage avec un autre bus. Comme on n’avait rien à perdre, on a décidé de tenter notre chance.

Peu à peu pourtant ma tension nerveuse augmentait, surtout à cause des nombreuses camionnettes chargées de policiers armés qui passaient. Apparemment ils possédaient aussi du gaz lacrymogène. De plus, je connais des images boliviennes qui montrent des combats entre policiers et civils. Ce sont des batailles sauvages et assez graves.

Avec un „trufi“, un taxi collectif, on a donc rejoint l’endroit où la route était bloquée. Tout semblait tranquille, on ne voyait que les camions qui empêchaient le passage, mais pas de combats, rien,… Il faut savoir que c’étaient les chauffeurs de camion qui avaient organisé les barrages parce qu’ils voulaient une baisse d’impôts. Sur les abords de la route, des femmes vendaient de la viande, des petits pains,…Tout était comme toujours. On a passé la file des camions sans problème et déjà je me sentais soulagée. Et comme prévenu, à la fin du bloqueo, il y avait des bus proposant le passage à Oruro. Mais des passants nous ont fait remarquer que le véritable bloqueo se trouvait plus loin.

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On ne pouvait pas le voir de l’endroit où on était, et les camions qui bloquaient le passage n’étaient que des camions qui ne pouvaient pas poursuivre leur route. De nouveau, j’ai commencé à sentir la gravité de la situation. Personne alors n’avait envie de traverser le bloqueo à pied, cela nous semblait vraiment trop risqué. Déses­pérées, on voulait rentrer, lorsqu’on nous disait que les grévistes allaient terminer le blocage de la route. Vite, on est monté dans un bus, mais celui-ci n’a pas avancé. Les gens ont discuté avec un policier, et lorsque je me suis renseignée sur le départ, le chauffeur m’a répondu avec un sourire: dans 10 minutes, peut-être 20 ou dans 3 ­heures. Après cette information, on a décidé définitivement de retourner à la maison.

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Même si on a raté la fête du Carnaval à Oruro, je suis certaine que cette expérience a valu la peine. Jamais auparavant, je n’ai pu vivre un tel sentiment d’enfermement. Dans notre cas, on avait encore de la chance, comme on n’avait pas de rendez-vous ou de ticket réservé quelque part, donc rien ne s’est passé, mais on voit quelle chance on a en Europe. A tout moment, on peut rejoindre tout endroit et s’il y a une grève de train, il y a toujours d’autres moyens pour rejoindre la destination. Mais ici, quand il y a un bloqueo, rien ne va plus. Pas moyen d’entrer ni de sortir de la cité, le droit de circuler librement est en quelque sorte restreint.

Les quatre jours de vacances terminés, j’ai de nouveau commencé à travailler. Le paysage que je traverse chaque fois en me rendant au travail est vraiment merveilleux, et en plus ce jour-là, j’étais vraiment excitée de voir les changements dont tout le monde m’avait parlé en long et en large, car la saison de pluie avait juste commencé. Le village de Bella Vista où j’habite et celui de Chocaya où je travaille sont séparés par une rivière, pas très large vraiment, plutôt un ruisseau, mais par temps de pluie celui-ci est tellement large et puis­sant, qu’on ne peut pas le traverser à pied. Alors il faut emprun­­ter le pont de fortune formé par deux troncs d’arbres et quelques planches.

dsc_0172-2Au début, ceci m’effrayait un peu, car le pont est vraiment étroit et se situe à 10 mètres au-dessus de l’eau. Mais très vite, ce passage journalier s’est transformé pour moi en petite aventure…

Quelques jours après, ma „tia“, la femme avec laquelle je travaille, m’a raconté qu‘on ne pouvait plus utiliser ce passage. Pendant la nuit, les deux troncs ont été emportés par la crue. Il existe un pont qu’on peut même traverser en voiture, mais beaucoup plus bas au village. Les gens ne peuvent donc pas circuler entre les deux villages comme ils ont l’habitude. Ceci leur rend la vie encore plus dure, aussi aux enfants qui doivent aller à l’école.

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Le problème du pont emporté par les flots s’est vite résolu, les villageois l’ont remplacé par deux autres troncs. Mais cette situation m’a vraiment impres­sionnée. Ici, la nature peut simplement changer la vie quotidienne des gens d’un jour à l’autre. On ne sait pas si on peut rejoindre son travail, vendre ses produits au marché… Chez nous en Europe tout est bétonné, la nature est apprivoisée et une telle situation arrive rarement. Mais d’un autre côté notre vie est toujours la même, sans changements importants et en même temps un peu … ennuyeuse.

Pour moi, la saison des pluies a fait en sorte que je ne peux plus aller tous les jours à Chocaya, le passage étant trop dangereux quand il pleut. Je travaille alors dans l’autre établissement. Et il y a aussi moins d’enfants qui viennent à l’école.

texte et photos: Anne Speltz

Notre nouveau projet avec ANAWIN

Amélioration de la souveraineté alimentaire
dans les communautés de Chapisirca, 2ème phase (2015 – 2018)

Depuis que Niños de la Tierra asbl. a débuté son travail de coopération en Bolivie (2001), un site principal de nos interventions est la région autour de Cochabamba et un axe stratégique l’agriculture durable et la sécurité alimentaire.

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sur le haut plateau andin

Dans la région des hauts plateaux de Chapisirca (à plus de 3900 mètres d’altitude), nous avions débuté très tôt avec un projet de santé, puis pédagogique (tous 2 avec la Fundacion Cristo Vive Bolivia), pour nous orienter par la suite vers les besoins ressentis comme les plus nécessaires par les campesinos (le tout résultant d’un important travail de diagnostic de toute la communauté en 2009, par notre ONG partenaire ANAWIN): «L’amélioration de la situation alimentaire par une adaptation des processus de production, d’élevage et des techniques de travail du sol» , ainsi qu’ un «processus d’apprentissage socio-agro-écologique et sanitaire à tous les niveaux des communautés ».

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En effet, si la politique nationale de la Bolivie d’Evo Morales promeut bien un modèle de souveraineté alimentaire, qui implique que le peuple a le droit de décider librement que produire et comment au sein d‘une agriculture familiale, communautaire et organique. En pratique, ce discours n’est pas toujours appliqué. On remarque en effet une absence de programmes pour faire face aux demandes et nécessités des populations rurales vulnérables.

Le premier projet:

Notre premier projet agroalimentaire avec ANAWIN, entre 2011 et 2014, a justement respecté cette démarche. Ce projet, tout à fait dans l’axe stratégique du gouvernement bolivien, a montré en général de très bons résultats, à la fois dans le domaine de l’agro-élevage que dans celui de l’éducation et de la santé/nutrition.

Plus de 200 familles ont diversifié et augmenté leur production, introduit des techniques de conservation des sols, de micro-irrigation, d’emploi d’engrais biologiques, cultivation de parcelles, vergers et potagers familiaux. Dans 7 écoles ont été introduits comme thèmes transversaux, l’environnement et la nutrition saine, le traitement des déchets, le recyclage, l’hygiène etc. Globalement ce 1er projet a permis à 225 familles de 11 communautés d‘améliorer leur état nutritionnel et sanitaire tout en produisant des aliments sains avec même la possibilité de vendre les excédents sur les marchés locaux.

Cependant, tous ces processus engendrés ont besoin de continuité pour garantir leur durabilité. Malgré les avances de la 1ère phase, les populations cibles restent vulnérables et assez marginalisées et leurs terres sont confrontées aux nombreux risques climatiques (sécheresse, désertification, érosion, grêle ou gel).

La première phase a également montré qu’il est essentiel de travailler avec les communautés qui sont vraiment désireuses d’apprendre, qui sont motivées et ont déjà investi pas mal dans le changement de leurs habitudes. Anawin a ainsi choisi de travailler pour cette 2ème phase avec les communautés les plus actives durant la 1ère phase, de même qu‘avec celles montrant une certaine auto-initiative.

potager avec micro-irrigation

potager avec micro-irrigation

élevage de truites

élevage de truites

Quant aux écoles (professeurs et élèves) avec lesquelles on va travailler, on a retenu les 6 établissements les plus engagés de la Centrale régionale de Chapisirca, en y ajoutant 5 établissements nouveaux du «nucleo escolar» voisin de Montecillo Alto. Ceci résulte d’un côté de l’intérêt intense porté au 1er projet par les habitants de Montecillo, qui ont réitéré à plusieurs reprises leur demande de pouvoir participer au versant socio-éducatif du projet. D’un autre côté, le responsable municipal de l’éducation de toute la commune de Tiquipaya (60.000 habitants), dont font partie les communautés du projet, a formulé clairement le désir de sa municipalité de voir ces écoles incluses dans le projet. Il nous avait sollicité personnellement à ce sujet lors de notre visite d’évaluation en novembre 2014.

Le nouveau projet:

Cette deuxième phase du projet «souveraineté alimentaire» a ainsi débuté en juillet 2015, avec l’accord de cofinancement par le Ministère de la Coopération luxembourgeois (MAE).

serre réalisée avec les moyens sur place

serre réalisée avec les moyens sur place

Le projet propose des interventions à deux niveaux :

– un volet d’agro-élevage, dont les points essentiels sont: l’incorporation de techniques de conservation du sol, l’amélioration de la teneur en matière organique du sol, l’augmentation de la surface cultivée avec un système de micro-irrigation, la production de légumes pour l’autoconsommation et la commercialisation, l’élevage de truites avec production d’alevins de truites, l’implémentation de parcelles fourragères et

cours d'écologie et d'hygiène à l'école

cours d’écologie et d’hygiène à l’école

de vergers, l’amélioration des connaissances en santé des animaux….

– un volet socio-éducatif, avec comme actions: la production de légumes biologiques dans les établissements scolaires (jardins scolaires), l’amélioration de la conscience écologique, l’élaboration de pratiques adéquates de préparation, consommation et conservation de légumes à l’école, l’amélioration de la santé et de l’hygiène communautaire, un appui sérieux à la formation des professeurs….

Les bénéficiaires directs de ce programme sont au moins 225 familles de la région, 34 professeurs et 350 élèves de 11 établissements scolaires. Indirectement, plus de 3500 habitants vont profiter des améliorations à moyen terme.

Nous espérons qu’à la fin de cette deuxième phase du projet (et après 6 années d’accompagnement), les bénéficiaires pourront continuer avec les acquis et les activités principales sans intervention externe, en s’appuyant sur le travail intensif qu’ANAWIN aura réalisé. Ils devront aussi garder ou élargir les alliances stratégiques avec les instances publiques (municipales), conduisant en principe à l’appui de ces derniers dans le cadre des politiques de souveraineté alimentaire de l’Etat Bolivien (Plan Nacional de Desarrollo: Bolivia digna,soberana, productiva y democratica para vivir bien). Le projet aura ainsi également fourni un appui au développement d’une démocratie participative à partir de la base.

Le budget global du projet pour les 3 années est de 330.115 €, dont Niños de la Tierra asbl. doit garantir un tiers (cofinancement par le MAE de 2/3).

Jean-Paul Hammerel

(photos: Julie Kipgen)